Le Bec Hellouin, le 17 mai 2011

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Bonjour,
Voici quelques nouvelles de la ferme. Il fait un temps de rêve depuis deux mois, pour les maraîchers, c’est la belle vie : soleil estival garantit tous les jours ! Pour les cultures, c’est un peu différent : une sécheresse qui nous rappelle celle de l’an passé à même époque. C’est sérieusement inquiétant.

Dans la vallée où se situent la majorité des jardins, nous pouvons un peu arroser, un seul endroit à la fois, avec un tourniquet de jardin, donc c’est assez minime, mais cela suffit pour maintenir un minimum d’humidité et les jardins sont absolument magnifiques. Ils n’ont jamais été aussi beaux. Par contre, nous n’avons plus d’eau pour les jardins du haut et, ayant vendu notre « gros » tracteur et la Land Rover, nous n’avons plus vraiment moyen d’apporter de l’eau. Nous avons passé des journées entières à arroser les 50 arbres fruitiers et les 400 cassis plantés en mars avec l’eau du vieil abreuvoir, maintenant il est à sec. Dieu merci, deux petites pluies ont sauvé les végétaux, mais il faut absolument de l’eau dans les jours à venir si nous ne voulons pas en perdre beaucoup. Evidemment les 5 terrasses mises en culture en souffrent et cela ne pousse guère.

 

Nous sommes très, très satisfaits des différentes améliorations mises en place cette année et nous sentons beaucoup plus à l’aise. Les jardins de la vallée sont bien remplis et toutes ces jeunes pousses font plaisir à voir. Nous avons reçus nos semoirs américains à 4 et 6 rangs et expérimentons des cultures associées, jusqu’à 4 et 5 cultures simultanées sous la serre. Autre amélioration qui nous change la vie : les livraisons tous les 15 jours des jeunes plants bio de l’Horticulture de l’abbaye, producteur de plants bio installé cette année. Cela nous permet de recevoir une grande diversité et quantité de jeunes plants et il nous faut à chaque fois presque deux semaines pour les repiquer tous. J’en ai trop commandé et les jardins sont presque remplis ! Toutes ces améliorations et l’agrandissement des jardins nous laissent entrevoir une production qui va peut être tripler cette année (s’il pleutsoyons prudents !).

Le facteur humain est tout aussi important : nous avons eu la chance d’accueillir des stagiaires qui, dans l’ensemble, se sont révélés remarquables, tous en formation professionnelle, donc motivés et consciencieux. C’est bien agréable de voir toute cette équipe s’activer dans les jardins, dans la bonne humeur. Ils nous quittent presque tous cette semaine, la fin de l’année scolaire approche, mais Jean-Claude a pratiquement fini l’éco-centre et va pouvoir se consacrer au maraîchage.

Nous avons le sentiment, Perrine et moi, d’avoir franchit un cap et, après avoir tâtonné dans la mise en place des principes de la permaculture depuis deux ans, nous abordons un type d’agriculture très novateur, à la fois naturel et productif. Nous axons notre recherche sur l’intensification de la production et la création d’une valeur économique qui a fait défaut jusqu’à présent, et espérons démontrer dans les années à venir qu’il est possible de produire beaucoup sur une toute petite surface, sans pétrole ni mécanisation. Cela va totalement à l’encontre des tendances actuelles du maraîchage bio. Nous recevons de plus en plus de visites de spécialistes et d’agronomes français ou étrangers, celle de Monsieur Hervieu, ancien Président de l’INRA par exemple, ou des agronomes japonais qui viennent à la ferme à chacun de leurs passages en France. Bientôt Philippe Desbrosses et Pierre Rabhi, que nous admirons énormément, feront escale ici. D’excellents formateurs acceptent d’intervenir dans le cadre de notre formation « maraîchage bio en permaculture » qui démarre en septembre, notamment Marc Dufumier, agronome réputé et passionnant.

Il ne s’agit pas de crier victoire, mais c’est vrai que tant de visites et une telle unanimité dans l’appréciation du type d’agriculture expérimenté ici font chaud au coeur. Le revers de la médaille, c’est que nous sommes submergés de demandes et sollicitations en tous genres. Le week end dernier a été particulièrement lourd avec des groupes de visiteurs qui se sont succédés sans interruption et peu de temps pour la famille et le repos… Et comme nous sommes fous, après avoir été sollicités par quatre éditeurs différents, nous avons accepté d’écrire deux livres sur la permaculture, l’un destiné aux enfants, l’autre aux adultes… Ce sera l’occasion de prendre un peu de recul et de se documenter davantage sur ce qui se fait ailleurs, tout en mettant en forme ce que nous avons pu explorer ici. L’embauche ponctuelle de quelques uns de nos meilleurs stagiaires nous permettra de nous libérer un peu de temps.

Pour vous, amapiens qui nous faites confiance, nous espérons pouvoir vous apporter des paniers plus savoureux et de meilleure qualité cette année, puisque la première raison de tous ces efforts, c’est de mieux vous servir. Il nous reste encore beaucoup, beaucoup de chemin à accomplir pour être au niveau des anciens maraîchers parisiens qui, durant la seconde moitié du XIX° siècle, produisaient intra-muros de quoi nourrir la capitale en légumes d’une diversité et d’une qualité extraordinaire ! Il y a des savoirs et des saveurs à retrouver, à réinventer, et c’est vraiment passionnant.

Cette semaine nous sommes toujours dans les légumes feuilles. Les betteraves et les fenouils seront bientôt prêts, les petits pois et les fèves sont en fleurs, les tomates aussi, les concombres commencent à grimper le long de leurs fils… Fénoua a mangé les premières fraises, il devrait y avoir énormément de fruits et fruits rouges cette année. Le fait d’avoir créé de nouveaux jardins en début de printemps et d’avoir à nouveau changé la forme des buttes de la serre – pour la troisième année consécutive ! – a un peu retardé la mise en culture de certains légumes, mais il gèle toujours certaines nuits et il aurait été difficile de faire beaucoup mieux. Pour l’an prochain nous prévoyons d’ajouter des tunnels de manière a produire davantage en hiver.

 

Merci de votre attention, bien cordialement,

Charles

 

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